La Norvège, un petit coin de parapluie contre un coin de paradis… (16.05 au 9.06)

31 Juil

La Norvège nous accueille lentement alors que notre ferry se glisse prudemment entre les blocs de granit rose qui parsèment le fjord d’Oslo. Le contraste est déjà saisissant. Maisons en bois peintes de rouge, pontons et barques attenantes. Amundsen, nous voilà, fais chauffer l’igloo, les Frenchies débarquent !

Mais avant tout, petit passage par la douane. Et ouais, ici, t’es pas dans l’Espace Shengen qui autorise la libre circulation des personnes et des marchandises. Le douanier nous le rappelle illico :

–      Vous avez des trucs à déclarer ?

–      Euh non…

Tu parles… En Norvège, on sait que la bouffe est hors de prix, alors on a prévu. Dans Touky se cachent des tonnes de victuailles (de bonnes vieilles spécialités françaises anti-mal du pays, type foie gras, pâtés ou pinard mais aussi pas mal de produits de base – pâtes, semoule, riz, polenta… – qui s’avèrent toujours utiles pour rassasier les grosses faims) et tout plein de trucs achetés à la frontière allemande qu’il nous faudra tester.

Nous traversons Oslo sous un ciel très sombre. La lumière est hallucinante. Digne des quelques minutes qui précèdent l’un de ces gros orages aoûtiens sur la campagne toulousaine. Vous savez, juste avant que le vent se lève. Du coup, ça contraste méchamment avec les panneaux de signalisation orange fluo qui nous barrent de tous côtés la route pour quitter la capitale.

Des retrouvailles fêtées comme il se doit !

Car, oui, pourtant à peine débarqués, on quitte déjà Oslo. Nous allons chercher Nico (frère jumeau de Sylvain) et Lolo, sa chère et tendre, à l’aéroport d’… Oslo ! Oui, mais à vrai dire, au Sandefjord Lufthavn Torp Airport, qui se situe en fait à Sandefjord, soit à 120 km au sud-ouest de la capitale ! Un détail qui veut dire beaucoup, découvert dans le ferry en lisant notre bon vieux GDR. Il faut le savoir : il existe 3 aéroports pour Oslo. Heureusement, nous nous étions laissé un peu de marge sur notre planning !

On récupère donc les louloux, chargés à bloc. Passé le temps des (grosses) accolades, voici venu celui de se payer une bonne tranche de magret séché. Fait maison et tout juste arrivé de Toulouse, siouplé ! Nos convives ont visé juste. J’en connais un qui a sacrément le sourire.

Notre plan d’attaque pour la Norvège ? Tenter un trip de 1500 km à travers les fjords, les montagnes, les forêts et les lacs. Nico et Lolo sont avec nous pour une vingtaine de jours. On va essayer d’en profiter un max.

À leur arrivée, le soleil s’invite sans rien dire à la fête. Ce dernier ne nous quittera pas pendant plus de 20 jours. Une aubaine que l’on saisira, le sourire au vent.

Première soirée dans le port de Stavern. Le paysage nous enchante. Littéralement.

La Norvège, c’est grandes forêts de sapin, lacs, lacs, lacs – dans tous les coins -, fjords escarpés dont les sommets se perchent à plus de 1000 m, eau douce et eau salée qui se mélangent en permanence à la sortie d’une cascade ou d’un torrent. Et dans tout ça, des petits villages (souvent croquignolets à souhait, au passage). C’est à se demander parfois de quoi les gens vivent. Car si la Norvège est, sans aucun doute, l’un des plus beaux pays au monde, c’est certainement aussi l’un des plus chers. Si le pays tire un tiers de son revenu du pétrole et du gaz, les salaires moyens eux, avoisinent les doubles des nôtres. Autant dire qu’ici, toi, Français moyen, t’es pauvre. Quelques exemples ? 1 litre de gazole : 1,85 €, 1 semblant de pain : 5 €, 1 courgette : 3 €, 1 bière : 9 €, la viande… tu oublies !

Après une petite halte dans un Sandefjord habillé aux couleurs nationales, entre folklore bon esprit et rendez-vous familial, nous passons les premiers temps à remonter la côte ouest. S’offrant ci et là quelques belles prises de poissons en mer (cabillaud, maquereau…). Notre leurre – 40 g de couleur jaune répondant au doux nom de Nakunoeil -, fait des ravages. À chaque fois que nous pêchons, la sauteuse est toujours trop petite pour faire cuire tout ce petit monde. C’est vous dire !

Et au milieu, coule un… fjord !

Dans tous nos déplacements ici, on peut se rendre compte de la manne du pétrole. Les Norvégiens déplacent les montagnes, enjambent les lacs, percent le granit, pour faire passer leurs routes. On traverse des tunnels de plusieurs kilomètres taillés bruts dans la roche, pour, toujours, se retrouver au milieu de rien. Et tout à la fois. Un fjord grandiose, une montagne de neige immaculée, une forêt oubliée. Un vrai paradis pour les amateurs de grands espaces naturels que nous sommes.

Ici, les virages sont tellement nombreux qu’il faut bien souvent une journée pour faire 300 kilomètres. On roule à 40, voire 60 km / heure sur les rares doubles voies que l’on croise (on arrêtera là pour les stats), vitesse limite oblige. Cela a tendance à bercer nos deux compères à l’arrière. Plusieurs fois, nous avons pesté de la lenteur des Norvégiens au volant, mais bon, le temps, on l’a, alors prenons-le.

À regarder le paysage, à faire des sudoku (pour Lolo ;-). Mais aussi à réfléchir à ce que mon papi me disait : d’après Einstein, selon lui, « plus on va vite, plus le temps passe vite ».

D’un point de vue animaux, c’est assez bizarre… On pensait voir plein de bêbêtes sauvages et l’on a rien vu. Enfin, des mouettes, du poisson, des limaces, et c’est tout, je crois. On rêvait de voir des élans (moose). Tout le monde nous disait : « Quoi, vous avez pas vu d’élans ? De renards ?… ». « Ben non ! ».

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir été complétemment immergés dans la nature… Mais que nenni, point de moose à l’horizon. Cela restera, au même titre d’ailleurs que le saumon, que l’on ne verra que très rarement sur les étals des grandes surfaces, une légende pour nous.  Tout autant qu’une taquinerie entre nous !

Par-contre, des trolls, on en a vu… Des grands, des gros, des petits, des méchants, des poilus, des mignons-mignons… Par centaines même, étalés au grand jour, en tête de gondole des magasins de souvenirs.

Il suffit de passer le pont… (Voringfossen)

Dans certains coins, nous n’avons pu accéder aux sites naturels que nous avions repéré, en raison des routes fermées à cause des avalanches. On a un train d’avance sur la saison. On laisse donc le Preikestolen (falaise de 600 m se jetant dans la mer) aux touristes de juin – au grand dam de Carole – pour aller un peu plus au nord. Arpenter les glaciers (tant qu’il est encore temps) ou le chemin caillouteux qui mène au pied des Vøringfossen (chutes d’eau de 184 m d’où jaillit un magnifique arc-en-ciel). En haut de la falaise, les bus de touristes s’arrêtent. On les voit. En bas, il n’y a personne. Juste nous. On est trempés, l’eau gronde. On s’approche un peu plus, les rochers deviennent glissants, le souffle de la masse d’eau qui s’abat au-dessus de nos têtes, s’intensifie. On est vraiments seuls ici. Contents, on ne s’entend même plus parler. La pollution sonore est lavée par toute cette eau. Certain qu’à cet instant, Carole en oublie ses soucis de boulot, et moi, je rêve. On voudrait toucher l’eau qui tombe, s’approcher un peu plus, mais bon, devant cette masse d’eau, il nous faut faire demi-tour.

Touky couleur camouflage…

À la vue de la neige que l’on rencontre en chemin, on se dit qu’aller traîner nos guêtres du côté du Galdhoppigen (plus haut sommet de Norvège à 2469 m), ça pourrait être sympa. Là-bas, directement, on verrait si l’ascension est possible. Le lendemain, nous sommes au sommet, à 14h et sans crampons. La petite couche de glace qui recouvre la neige est idéale pour nous porter jusqu’à là-haut. À 360°, un paysage blanc nous entoure. Quelques arrêtes et sommets percent les nombreux glaciers que nous avons sous les pieds.

Un passage en crête sur l’ascension du Galdhopiggen (2469 m)

Dans les Pyrénées, le glacier du Vignemale recule tous les ans. Dans les Alpes, il va bientôt falloir les mettre sous cloche. Ici, on aperçoit déjà les changements, énormes par rapport aux photos du début de siècle que l’on peut voir placées sur les sites. On se dit qu’avec notre foutu véhicule, notre soif de découverte contribue aussi à tous ces changements qui nous entourent. Mais après tout, ici, en mangeant notre pêche, en puisant l’eau des rivières pour boire et en se lavant dans l’eau des torrents, on réduit forcément notre empreinte environnementale par rapport à tout ce qu’il aurait fallu engloutir comme moyens pour jouir de ces services à Toulouse. Bref, on essaie de se consoler comme on peut…

La Norvège, est aussi pour nous, une terre synonyme de retrouvailles.

Improbables tout d’abord, quand, un soir, en rentrant d’Oslo, sur notre parking fétiche (« ze » parking Sognsvann, gratuit et sans limitation de durée, avec le métro à côté, bref le top pour les touristes véhiculés), nous tombons sur une copine que nous n’avions pas revue depuis 4 ans au moins… et qui est aussi en congé sabbatique avec sa cop’s jusqu’à fin juillet. Revoir Flo sur un bout de parking en Norvège ?! On l’aurait jamais crû ! On fait les présentations entre nos habitats respectifs (un gros et pataud, un plus fin et mobile) et l’on se retrouve à trancher la saucisse et à s’en jeter dans le gosier. Deux photos, a/encrées dans le bitume, scelleront ce moment fort de notre voyage. On ne peut que vous inviter à découvrir leur site Internet : http://cafaitletour.over-blog.com. Chapeau les miss !

Il est dans la vie des rencontres improbables…

D’autres retrouvailles tout aussi incroyables. Celles, après le départ de Nico et Lolo, de l’oncle, tante et cousin de Carole, à Drøbak, un petit village balnéaire situé à 40 km de la capitale.

Allez comprendre, la vie parfois… Francis et Brigitte (ma tante et mon oncle paternel) n’habitent qu’à quelques centaines de mètres de mes parents, pourtant  je ne les vois que – trop – rarement et là, à des milliers de kilomètres de mon village natal, nous nous retrouvons, grâce à un heureux hasard de calendrier.

La famille de Sara (que l’on remercie encore pour leur accueil chaleureux), la femme de mon cousin Fabrice (que je n’ai pas revu depuis… 2005, au passage !), native de Norvège donc, nous reçoit autour d’une table délicieuse et délicate, le temps d’une soirée mémorable. Nous échangeons en anglais autour de notre voyage et mettons ainsi un orteil de plus dans ce pays magnifique, où l’on resterait bien volontiers quelques semaines de plus (mais la fuite de Touky nous ordonne à descendre vers le Sud).

Retrouvailles entre cousins (oui, le glacier du Galdhoppigen a laissé des traces sur mon visage…)

Je retrouve ainsi mon cousin, le temps de refaire le monde autour de quelques bières et de taquiner ensemble le poisson « drobakien ». Fabrice n’a pas changé d’un cil depuis nos dernières retrouvailles parisiennes. Nous nous retrouvons, lui dans son exil loin des siens (il vient de quitter Kingston pour venir déménager à La Haye) et nous, dans notre périple sabbatique, autour des mêmes questionnements, des choix de vie à prendre ou à laisser. Il est toujours aisé le temps où l’on boucle ses valises, mais un peu moins celui où l’on passe aux adieux.

Un jour, la beauté sauvera le monde ?

Pour finir, ce que l’on retiendra de cette partie de la Norvège :

–      La nature qui fait naturelle

–      Le calme et la gentillesse des gens

–      Les toits végétalisés partout, partout, partout…

Ce qui nous a étonné :

– Les fruits et légumes – que nous mangerons avec parcimonie au vu des tarifs souvent prohibitifs -, et leurs emballages individuels sous vide et bien brillants.

– Les petites urnes où laisser son dû pour emprunter les routes ou rester sur les parkings en montagne

– Les douches chaudes chronométrées (4 minutes en moyenne) dans les campings

Et ce que l’on mettra au rebut :

– Les hamburgers, les hot dogs, les pizzas, les kebabs, qui doivent contribuer à 😯 % de l’alimentation des Norvégiens. Ici, Nestlé, McDo, Burger King, Heinz, Tabasco, le bacon, le pepper, le sel… règnent en maîtres. Un vrai désastre.  En quittant Oslo, on s’est sentis le cheveu gras et le sang légèrement dextrosé.

– Un devis pour changer la crémaillère de direction de Touky à… 2500 euros ! (1850 pour une pièce qui vaut en France ou en Allemagne, 850 euros max… et 650 euros de main d’œuvre pour 4h de réparation… L’équivalent coûterait, en France, à peine 240 euros).

La suite au prochain post…

////  Voilà pour la Norvège.

Viendront ensuite la Suède, le Danemark (Copenhague…), l’Allemagne (Sächische Sweiz, Berlin…), la République Tchèque (Prague) et l’Autriche où nous sommes pour le moment, à l’ombre des Dolomites et des Alpes.

Les photos et commentaires sont à retrouver dans l’album-photos « Norvège ».

Merci encore pour votre patience (on va essayer de rattraper le retard, promis) et tous vos messages qui nous vont droit au cœur ! ////

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10 Réponses to “La Norvège, un petit coin de parapluie contre un coin de paradis… (16.05 au 9.06)”

  1. Oré é Jé 9 août 2012 à 16:41 #

    Ahhh enfin des nouvelles de nos petits veinards!!!! On vous tire notre chapeau pour arriver à tenir un blog avec pleins de photos et toutes ces chroniques qui nous font voyager avec vous…
    En parlant de voyage nous partons en Irlande à la fin du mois, il nous tarde!!!! Dommage que le Touky-tour ne passe pas par là bas!!!!!
    Merci pour la carte;)

    Pleins de bisous.
    Oré é Jé

  2. marionmat 8 août 2012 à 09:06 #

    Salut Les Vadrouilleurs! je découvre votre blog un peu tard – merci Tom et François qui font de la rétention d’infos! – mais mieux vaut tard que jamais. On espère que tout va bien pour vous, toutes vos notes sont plus passionnantes les unes que les autres 🙂
    Pour nous, l’aventure réunionnaise se poursuit, je rempile pour une troisième édition du festival, et nous partons ce dimanche à la découverte de l’Afrique du Sud! On se fait un skype un de ces quatre pour échanger nos histoires? Quand Tom sera avec vous par ex … D’ici là plein de bises à vous deux
    Marion & François

  3. Aurélie 5 août 2012 à 20:52 #

    Des coucous des Albanais, et un remember de nos 4 petits jours passés à Oslo chez des amis il y a 3 ans; on avait adoré!
    Bravo pour la prose,c’est très agréable de vous lire, on pense bien à vous et bonne route!

  4. abaziou estelle 3 août 2012 à 13:41 #

    Je ne vais pas être très originale… C’est vraiment super ce que vous faites, on a l’impression un instant d’être dans les pays que vous visitez. Votre voyage a l’air magique. Continuez à nous en faire part.

    Gros gros bisous de nous 3

  5. Elo et Oli Maillet 2 août 2012 à 19:39 #

    Ouahh! Extra, toute cette prose, vous réussissez à nous donner l’impression que nous vivons les choses avec vous! Nous espérons que vous vous êtes bien remis de votre « prise en otages » et surtout que tchoupi n’en fait pas des cauchemards. Bravo à vous deux pour cette aventure, nous pensons aussi très souvent à vous! Nous vous embrassons très chaleureusement, et vous envoyons plein d’air chaud toulousain. Elodie, Olivier et les 3 monsters.

  6. stef 2 août 2012 à 10:45 #

    coucou !

    Quel plaisir de vous lire ! En plus on se dit que si vous écrivez sur ce que vous avez fait au mois de mai alors qu’on est au mois d’aout, c’est que vous avez le rythme voyage !
    De belles aventures et de biens belles photos !
    Merci pour votre carte ! On était très content ! … et pour répondre … on rêve encore et toujours à de nouveaux voyages !! … et vous y contribuez !
    Faites nous rêver ! Bonne route !

    Des bisous tarnais

    Stef & Sara

  7. LAFONTAN Jean-Claude 31 juillet 2012 à 16:46 #

    Eh…! ben dis donc en cliquant sur celui du « commentaire N°2 » ça marche..!!!!!!
    Je ne sais pourquoi?????????????????????????Papynat

    • A pieds joints 2 août 2012 à 06:18 #

      Merci Papynat, voilà la chose réparée ! Merci encore pour être toujours premier sur les posts. Bisous !

  8. LAFONTAN Jean-Claude 31 juillet 2012 à 16:43 #

    http://cafaitletour.over-blog.com. le lien laissé dans le récit(SUPERBE!!!comme toujours)ne permet pas d’ouvrir ce blog de vos amis….N’y aurait-il pas une petite erreur dans cet intitulé?…A vous de voir s’il y a besoin d’une rectif….GROS BISOUS à vous et Merci pour vos commentaires et photos..! Chapeau les artistes.papynat

  9. LAFONTAN Jean-Claude 31 juillet 2012 à 15:44 #

    Même avant de tout lire et comme je viens de recevoir à l’instant le « signal » et que vous êtes peut-être encore derrière l’Ordi….je vous dis « Bravo et Merci »..Papy……nat

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