Archive | octobre, 2012

Prague : la Bohême, la bohème, ça voulait dire « on est heureux »… (18 au 22.07)

22 Oct

On file dans la campagne verdoyante et sinueuse de la République Tchèque, où nous retrouvons des paysages familiers. Douces collines et petits villages aux maisons tordues et mal foutues s’égrènent ici sur des kilomètres. Une sorte de Mini-Gers en plus biscornu, en somme. Les champs de houblon y sont très nombreux. Les Tchèques étant à la fois de gros consommateurs et de gros producteurs de bière. Pour celles et ceux qui n’ont jamais vu ces champs, cela est assez curieux. On peut voir de grandes étendues poinçonnées de poteaux téléphoniques en bois, liés entre eux par des câbles sur lesquels grimpe la liane de houblon… à plus de 5 m de haut !

Prague, une capitale qui swingue

20 heures arrive et l’on remercie une fois de plus Dieu GPS, qui nous fait poser Touky sur un parking (ndlr le long d’un parc à pisse de chien, mais chut, passons, car tout cela n’est pas très glamour) au centre de Prague. Ni une ni deux, on chevauche nos vélos pour se lancer à l’assaut de la capitale. Une ville éminemment historique, à l’architecture plus que luxuriante. Cette jungle moderne rassasie d’ailleurs bien volontiers les amateurs du genre. Dans ces rues noires de monde – essentiellement des touristes en quête de restos bon marché -, on croise une partie du monde venue ici se délester de ses roubles et/ou euros, pour se remplir la panse et boire à plus soif.

Les Pragois nous l’ont dit. Ici, les Russes achètent en masse. Appartements, immeubles voire bâtiments historiques, tout y passe. Cristal de Swarovski, diamant…, la machine « Gazprom » de Poutine a vu naître des nouveaux riches, des billets plein la poche, alors que 90 % du pays vit coupé du monde. De cette masse de touristes-là, venus par milliers, nous avons hâte d’en sortir. Rien de tel alors que d’arpenter les rues et notamment le Pražský hrad (Château de Prague) en début de soirée, pendant que les gens se bâfrent. Et se laisser presque enfermer par les gardes dans ses immenses cours intérieures, au pied de la magnifique Katedrála svatého Víta (Cathédrale Saint-Guy de Prague), véritable joyau pour l’occasion.

Les eaux de la Vlltava avec le quartier du château (Hradcany) en arrière-plan

Prague est une jolie capitale. Les dix ponts qui enjambent la Vltava luidonnent un air grandiose. Mais pour nous, elle sera aussi synonyme de tourisme en masse (début d’été oblige), et l’on aura du mal à l’apprécier parfois, engoncés entre d’affreuses boutiques de souvenirs où l’on peut acheter son tee-shirt du Barça (ridicule) comme s’offrir une vieillerie franchement dégueulasse en faux cristal de Swarovski, et des rabateurs aux (faux) sourires ultrabright. Bref, le charme n’a pas toujours eu lieu. Pourtant Prague a beaucoup d’atouts, riche notamment de merveilles architecturales plus que séduisantes. D’ailleurs, l’influence d’Alfons Mucha, magicien de l’Art Nouveau/Déco, a soufflé sur toute la ville pour la paraître de vitraux, toiles, sculptures, composés de drapés, fleurs et jolies créatures. Mais Prague a aussi un petit quelque chose de bizarre. Une sorte de lieu qui campe un peu sur sa grandeur d’antan. Où quelque chose de grand se serait passé. Mais dont le charme, suranné, aurait fané. La ville concède pourtant une sorte d’aura un peu mystique (l’empreinte du soviétisme d’antan sur le capitalisme exacerbé d’aujourd’hui ?). Comme les écrits de Franz Kafka, originaire de là. Un endroit où beaucoup de choses ont été testées – l’architecture cubiste, par exemple, alors unique au monde avec ses bâtiments-massue aux arêtes vives, toutes de béton.

Un pilier d’angle propre à l’architecture des maisons cubistes – 21.07 –

Bref, au début du XXe siècle, ça devait être un beau bordel d’idées nouvelles. En ce jour, nous en étions, malgré tout, encore spectateurs. Avec la profonde impression d’avoir touché au plus à l’est  de l’Europe de tout notre voyage. Tandis que cette nuit-là, quelqu’un essayait de rentrer par force dans notre joli Touky, mais en vain… Ouf !

////  Après la République Tchèque, vous pourrez nous lire en Autriche, Slovénie et Italie pour la partie Europe du Nord (juillet à septembre)… On grignote notre retard petit à petit… Désolés !

Les photos sont à retrouver dans l’album-photos « République Tchèque : Prague »

Après un passage-éclair par Toulouse, – le temps de défaire et… refaire les sacs ! -, nous sommes actuellement en Amérique du Sud. Au Pérou depuis la fin septembre à découvrir les montagnes (Huaraz, Cordillera Blanca…), la capitale Lima et désormais le désert costal. A très vite ! Portez-vous bien, au plaisir de vous lire ! ////

L’Allemagne, ça vous gagne ! (2 au 18.07)

5 Oct

Le ferry s’approche de la terre ferme, les nuages s’écartent et le soleil fend le ciel de ses rayons pour réchauffer la côte. Premières images de Rostock. Une plage immense pleine de vacanciers venus tremper les pieds dans la Mer du Nord. Mais ne nous trompons pas, ici l’eau ne dépasse pas les 15°C, cela sélectionne donc quelque peu le… public !

Première image de Rostock (Allemagne)

En arrivant sur Rostock, c’est aussi le fameux « Made in Germany » que nous découvrons. Un système bien huilé où chacun à son poste met en musique une énergie positive dans son travail. Résultat pour nous : Prise de rendez-vous à 17h dans le premier garage du coin, situé à Warnemünde, dans une zone d’activité au pied de l’usine de production Caterpillar, pour changer la crémaillère de direction de notre Touky. La nuit, nous la passerons à dormir dans l’enceinte-même du garage. À 4h du matin, nous sommes réveillés par le bruit d’un camion. Un livreur dépose au pied de notre sapin une boîte en carton, un cadeau de 2 m de long. La direction assistée qui sera posée quelques heures plus tard.

En moins de 24h, les jeux sont faits ! Nous aurons échangé de nombreux sourires, discuté dans une sorte de franco-germano-english improbable (Très chère Académie française, merci de rajouter des listings de vocabulaire ès mécanique générale en langue vivante 🙂 et laissé quelques billets bien sûr, pour retrouver un Touky en pleine forme. Nous nous allègerons également d’une bonne bouteille de vin d’Arbois (made in Jura) pour remercier l’équipe du garage, des gens formidablement attentionnés. Bref, on a aimé ce moment. Le genre d’instant précieux où tout devient facile. Car il faut l’avouer, de toute évidence, notre bahut avait rendu l’âme sur le parking du garage (quel timing !). Impossible d’aller plus loin.

Dans cette partie du nord de l’Allemagne, nous avons aussi aimé les bateaux type « baraques à friture » où se cuisinent des fritures de poissons en tous genres et des petits pains au poisson cru (presque mariné). Mais pas seulement. Ces nouilles importées des Philippines et préparées devant nous avec soin… hum, quel délice ! Pourquoi des Philippines ? Parce que Rostock est un grand port dans lequel transite, tous les jours, un bateau de croisière comptant entre 3000 à 4000 passagers, pour 1000 hommes d’équipage. Avec à 999 pour 1000 des Philippins, sauf le… capitaine.

A chaque jour son nouveau ferry

Mais il n’y a pas que la technique et la bouffe pour faire de l’Allemagne la belle Allemagne, il y a aussi l’Histoire, la culture, celle dans le vent et celle à contre-courant. Pour sentir tout cela, rien de tel que de mettre le cap dans sa capitale. Berlin ou la véritable pépinière de l’underground européen.

Ville rayée de la carte en 1945 par les bombardements américains à l’ouest, et russes à l’est, Berlin s’est reconstruite en 30 ans, prenant dans les années 60 deux directions opposées. L’une dictée par Washington, et l’autre par Moscou. Il faudra attendre la déclaration de Mikhaïl Gorbatchev en 1989, qui, poussé par les manifestations ouvrières de Leipzig, puis de l’ensemble du pays, va annoncer : « The wall must fall down ».

Je revois encore à l’âge de 10 ans les larmes de joie dans les yeux de mes parents devant leur petit écran. Aujourd’hui, plus de 20 ans ont passé sur ces événements, et en tant que simples visiteurs, nous sommes tentés de chercher les traces de ce passé.

Berlin in progress

Aujourd’hui, d’un côté, se trouve le Sony Center de la Postdamer Platz, icône technologique d’une société industrielle et progressiste, et de l’autre, la Karl Marx Allee et ses bâtiments massifs en béton incrustés de fresques en céramique relatant l’utopie communiste. C’est ça Berlin pour nous, un territoire étonnant qui marche droit devant, vers un bel avenir, mais qui garde toujours un œil derrière. Enfin, c’est ce qu’il nous semble… En tout cas, pour nous, c’est l’une des raisons pour lesquelles on aime tout particulièrement cette capitale à visage humain.

Mais Berlin est aussi une ville où il fait bon vivre, au brassage ethnique important et où jeunes et moins jeunes semblent avancer ensemble pour réfléchir et créer. Tout se plaît à Berlin, même les renards et les sangliers qui peuplent les gigantesques parcs du centre-ville.

Lors d’une soirée pluvieuse (bon, oui, il y en a…), nous avons pu ressentir ce bel esprit, sur le vernissage d’une expo de l’artiste américain Shepard Fairey (mieux connu sous le pseudo Obey). Assurément, Berlin vit, bouillonne même, cultivant une effervescence culturelle de chaque instant. Bon, là encore, c’est seulement notre sentiment. Certes, Berlin n’a pas la froide beauté de ces grandes villes scandinaves, au territoire quasi-immaculé, mais elle semble tellement plus vivante. Bref, sans doute qu’à trop voir défiler des images (trop ?) léchées, toutes droit sorties de catalogues Ikéa, on en arrive à se pâmer devant un vieux photomaton d’époque, collé à un réverbère haletant une faible lumière en pointillés, stické de tous côtés par des artistes inspirés.

L’Intimes Kino, un mur d’expression libre

Toutefois, depuis notre dernière visite dans la capitale, en 2008, nous avons pu constater que l’underground se délite un peu.

Certains diront, à l’image d’un Tacheles (un squatt mythique mais en réalité, mainstream depuis des années) qui se transforme en hôtel grand luxe. D’autres pointeront du doigt la réfection des centaines de mètres de peinture de la East Side Gallery (mur de Berlin conservé à titre posthume le long de la Spree) par les mêmes artistes désignés 20 ans plus tôt, pour un résultat plutôt plat et un peu mochouille.

Nous, on rêve de voir le mur de la East Side Gallery, libre, pour les artistes d’aujourd’hui. Et toutes les grandes villes du monde accueillir en leur sein des territoires de création, libres et ouverts. Alternatifs (attention, ce mot est souvent dénaturé aujourd’hui) et underground, oui.

Autre expérience plaisante in Berlin : se faire couper les tifs. En quelques secondes, Sylvain comprend que la coiffeuse ne l’installera pas la tête penchée en arrière pour le shampooing, comme d’habitude par chez nous, il n’a plus qu’une solution, plonger la tête en avant dans le lavabo situé en face de lui et laisser couler l’eau. Comme quoi, il ne faut pas grand-chose pour faire sourire.

Même attendrissement devant tous ces distributeurs à bonbons, bagues en plastiques et petits cadeaux pour enfants, vestiges à leur manière de l’Allemagne de l’Est, que l’on croise dans les rues, accrochés aux murs des immeubles. Ça fait penser aux tirettes des fêtes foraines, pour lesquelles on a tous craqué un jour et laissé glisser la petite pièce dans la fente.

Dans les rues de l’ancien Berlin-Est…

Avant de partir, une amie qui avait séjourné plusieurs années sur Berlin, nous avait conté la beauté de sa campagne environnante, riche de lacs et de canaux. Effectivement, nous avons ou pénétrer cette nature en canoë, dans la région de Lübbenau. Un coup de pagaie pour écarter les lentilles et les nénuphars, un deuxième pour remuer la vase et le dernier pour avancer.

Balade au petit matin…

Ce coin de verdure est réputé pour ses gros cornichons à déguster sous toutes les formes. Il existe même une IGP – indication géographique protégée -, c’est vous dire. Pour notre part, on a testé, fait les frais de trois jolis bocaux mais on n’a pas bien compris le process’ de fabrication. Le sable craque sous la dent à chaque croc et l’odeur de l’eau marécageuse couvre celle du vinaigre. Après plusieurs tentatives grimaçantes (et avant d’y laisser une couronne !), on a préféré se délester de nos beaux cornichons et mettre les voiles plus au sud, vers Dresde (comprenez Dresden).

Nous disions précédemment que Berlin avait été rasée de la carte en 1945. Dresde, alors ville influente, s’est elle aussi retrouvée réduite à un tas de cendres et de pierres. Aujourd’hui, les travaux de reconstruction s’achèvent seulement et les monuments fabuleux de jadis, sont de nouveau sur pied. Tout le centre-ville porte les traces du passé. Reconstruit pierre après pierre, ce dernier est un mélange hétéroclite (mais fidèle au Dresde d’hier) de blocs noirs, beiges clairs ou plus sombres. En plus d’avoir soigné la forme, ici, on est attachés au fond. Ce soir-là, dans les rues, la fête semble de partout. Une fièvre festive et contagieuse qui nous donne la pêche. Nous voilà plus que séduits par cette petite ville estudiantine !

Festival de théâtre de rue dans Dresde

Puis de Dresde, nous mettons le cap encore un peu plus à l’est. Une région nommée die Sächsische Schweiz, comprenez « La Suisse Saxonne ». Un nom rêveur qui a dû sortir de l’imaginaire collectif car ce que nous allons voir, à notre grande surprise, ne nous semble, en rien, ressembler à la Suisse.

Terrain de jeu pour amateurs de nature, la Sächsische Sweiz nous retiendra plus d’une semaine. Un des grands moments du voyage : nous sommes totalement tombés amoureux du lieu. Une formation géologique unique en Europe, formée de pitons gréseux, que l’on arpente en traversant des forêts humides, presque primitives, tels des explorateurs. Avec une carte du massif en poche, nous partons à l’assaut de ces bastions de roc dressés vers le ciel et nous franchissons, émerveillés, gorges et ruisseaux moussus, paradis des animaux cavernicoles.

De là-haut, nous avons marché sans mot dire, juste écouté les bruits que la nature nous offrait. Et versé plusieurs larmes, pour lui dire merci. Dans ce labyrinthe, nous avons croisé les plus beaux animaux. Des dizaines d’écureuils qui jouaient à cache-cache, puis, personne, que nous. Une pause dans la vie. Une pause loin des villes. Où nous nous sommes pris au jeu de lever la tête au ciel pour ouvrir la bouche et goûter la pluie qui tombe.

Non loin du site du Bastei, des formation rocheuses formées par l’eau il y a un million d’années

Avant de quitter l’Allemagne, nous vous avions promis d’apporter des éléments de réflexion quant au fait que le Nord de l’Europe roule à vélo alors que l’Europe du Sud a bien du mal à faire 20 mètres sans sa voiture. Et bien, nous n’avons pas trouvé de réponse (malgré une étude sociologique poussée, cela va de soi). Peut-être simplement, parce que chez nous, les vélos ne quittent pas les salles de bain, et que l’on attend avec impatience, la démocratisation du vélo électrique. La bonne blague !

L’Allemagne, nous l’avons laissée derrière nous, en se faisant flasher à 40 km/heure et en passant la frontière tchèque – et les anciens bureaux de douane, très moches par ailleurs -. À croire que chaque fois que l’homme dresse une frontière physique, il faut qu’elle soit laide, comme pour en dissuader le passage…

////  Après l’Allemagne, il nous restera la République Tchèque (Prague), l’Autriche, la Slovénie et l’Italie pour la partie Europe du Nord (juillet à septembre)… Nous essayons de rattraper le retard tant bien que mal… Désolés !

Les photos et commentaires seront à retrouver dans l’album-photos « Allemagne : De Berlin à la Sächsische Schweiz » (attention, suite à un petit bug, l’ordre des photos est décroissant donc commencer par le bas de la page, merci)

Après un passage-éclair par Toulouse, – le temps de défaire et… refaire les sacs ! -, nous avons désormais attaqué la 2e phase de notre voyage : l’Amérique du Sud. Nous sommes au Pérou depuis la fin septembre. Actuellement dans les montagnes, du côté de Huaraz. Nous posterons un message sur Lima et ces belles montagnes de la Cordillera Blanca dans les prochains jours. Portez-vous bien ! Et encore merci pour tous vos messages, quel plaisir de vous lire ! ////

Dans la Cordillère Blanche, vue sur le Huascaran, le plus haut sommet du Pérou (6768 m)